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Histoire et patrimoine de Moreuil

Fait assez rare d’un domaine féodal, Moreuil a été maintenu pendant plus de sept cents ans dans la même lignée. La ville peut donc s’enorgueillir d’avoir possédé l’une des plus illustres familles de l’histoire, ainsi que de nombreuses personnalités ayant tenues un rôle prépondérant pour la patrie. Par ailleurs, son passé textile exemplaire et son activité actuelle dans ce domaine inscrivent Moreuil comme un passage obligé dans la route du textile. La grande guerre ayant détruit entièrement la ville, le patrimoine historique bâti est pour le moment réduit à l’église, en partie rénovée en 1932, les deux tours du château, ainsi que la glacière visitable depuis 1999, grâce au chantier de jeunes venus du monde entier.

Les origines

Moreuil, en latin " Morolium ", est composé, comme de nombreux substantifs gaulois, de deux éléments dont le premier désigne une particularité du domaine et le second en indique l’endroit. Si le suffixe " euil " qui vient du " ialos " gaulois latinisé plus tard en " ialum ", est assez répandu pour que les linguistes s’accordent à lui donner le sens de " lieu ", " vallée " ou " clairière ", le radical " Mor " reste plus obscur. Certains auteurs le font provenir du celtique, d’autres de " Morari ", qui voudrait dire : le marais.
Moreuil pourrait alors se traduire par " clairière ou marais dans la vallée " ou plus simplement : " lieu marécageux ".

Sur la route du textile

A mi-chemin entre Amiens et Montdidier, Moreuil compte un important patrimoine artisanal et industriel. Situé dans la campagne Picarde et bordé par l’Avre, Moreuil allie à la douceur de vivre une activité florissante.
Son histoire, intimement liée au tissu (bonneterie et teinture), en fait un lieu incontournable dans la route du textile. La cité est pourvue d’une structure associative large (près de 60 associations) et très active. Elle compte également un collège, un centre d’équitation, une salle des spectacles, un centre culturel, une piscine… Depuis plusieurs années, la commune a mis l’accent sur l’emploi en favorisant l’implantation d’un complexe industriel important (près de 25 usines) et en développant une zone d’activité commerciale et culturelle. Elle peut se féliciter d’avoir une des plus fortes progressions d’emploi dans le département. La mise en valeur de son patrimoine (comme la glacière en 1998), par le biais d’un chantier de jeunes international, lui permet de retrouver ses racines et de faire partager son histoire avec la jeunesse du monde entier.
Elle a également renforcé son développement culturel en s’impliquant activement auprès des associations. Elle a favorisé les partenariats avec les autres communes en accueillant les " Tickets Sports ". Enfin, elle effectue une programmation culturelle riche, et variée (spectacles de danse, musique, théâtre, carnaval, fête de la Nature, foire d’automne, expositions …). Ville à la pointe concernant le développement des technologies d’information et de communication, elle s’est dotée d’un parc informatique important : 8 postes multimédias, l’accès à l’Internet pour tous, des logiciels de mise en page, consultation de sites…avec un accompagnement personnalisé.

La Grande Guerre

Durant les années de 1914 à 1916, Moreuil, placé en zone A des armées, connut le tintamarre de l’arrière front. Sa population, bercée nuit et jour par le bruit du canon, vivait dans une continuelle anxiété. Les bombardements par avions firent de nombreuses victimes.
Durant les jours qui précédèrent la bataille de Proyart du 25 août 1914, un flot ininterrompu de réfugiés déferlait du Nord pour gagner la Normandie. Le jour du combat, les troupes traversèrent le pays pour monter en ligne tandis qu’un état-major occupait le château et que les blessés, arrivant du champ de bataille, étaient évacués par la gare. Le lendemain, les soldats battirent en retraite vers Ailly-sur-Noye, protégés par une batterie d’artillerie postée derrière le bois de Morisel. Vers 17 heures, les Allemands firent leur entrée dans Moreuil. Après la bataille de la Marne (6-13 septembre 1914) et la course à la mer, le front se stabilisa sur le plateau du Santerre à une vingtaine de kilomètres de la ville. Fin 1916, les Français étaient remplacés par les Anglais. Au début de l’année suivante, l’ennemi abandonna ses tranchées pour se retirer devant Saint-Quentin. Mais le 21 mars 1918, cinquante divisions allemandes, profitant de la nuit, se ruèrent sur les premières lignes anglaises. Tel un flot impétueux, ils formèrent en huit jours une immense poche. La première armée française commandée par le général Debeney arriva aussitôt en renfort. Le 28 mars à 17 heures, deux trains évacuaient, en direction d’Amiens, deux mille Moreuillois mais plus d’une centaine refusèrent de partir. Le plus grand nombre dut payer de leur vie leur obstination ou leur témérité.
Vers 17h30, les premiers obus incendiaires tombaient sur la ville. Les Allemands ne parvinrent à y pénétrer que le 31 mars après d’héroïques combats soutenus par la 133e division du général de Mitry et la 415e division du général Boichut. Une brigade de cavalerie canadienne, venue se joindre au combat, se fit décimer au cours d’une brillante charge. Ainsi qu’il l’avait prévu, le général Debeney parvint à colmater la brèche sur le plateau entre Noye et Avre. Le 8 août 1918, la première armée française et la 4e armée anglaise, mises sous les ordres du maréchal Douglas Haig, allaient tenter un suprême effort. Cette première armée, ayant toujours à sa tête le général Debeney, comprenait entre autres, le 31e corps placé sous le commandement du général Toulorge qui avait dans ses rangs la 66e division commandée par le général Brissaut-Desmaillet spécialement chargée de la reprise de Moreuil. Le matin du 8 août, le 28e et le 68e bataillon de Chasseurs Alpins, dépendant de ladite division, soutenus par une intense préparation d’artillerie, attaquaient, le premier par le nord, le second par Morisel. Après de violents assauts, âpres et héroïques, la ville tomba vers midi tandis que les combats se poursuivaient sur le plateau en direction d’Hangest-en-Santerre. Si la lutte avait été chaude, le résultat apparaissait magnifique.
La guerre de 1914-1918 après de tragiques péripéties, dut laisser la ville dans un état pitoyable. Sur 1014 habitations, 9 seulement furent classées réparables par l’administration. D’autre part, cette guerre avait coûté à la ville, 105 officiers, sous-officiers et soldats, héroïquement tombés pour la liberté.

La Seconde Guerre Mondiale

Moreuil venait à peine de se relever de ses ruines, qu’un nouveau combat allait à nouveau l’éprouver.
La guerre 39-45 fut moins désastreuse pour la cité qui avait été entièrement évacuée par les civils à l’approche de l’ennemi. Elle fut également moins meurtrière, puisqu’il n’y eut pas à proprement parler de combats de rues. Néanmoins, des ruines s’accumulèrent sous les bombardements du 5 juin 1940 et les incendies allumés un peu partout. La rue Thiers, la place de la Seine-Inférieure, la rue Pasteur et l’entrée de la rue Victor Gaillard, étaient dans un état lamentable. L’hôtel de ville et l’église avaient été fortement touchés. Trois usines et soixante-dix maisons furent complètement détruites et des centaines endommagées. La comparaison était cependant impossible avec le cataclysme de 1918. La région avait été âprement et héroïquement défendue par la 4e division d’infanterie coloniale commandée par le général Bazelaire dont le quartier général était à Moreuil.
Au cours des années d’occupation, les habitants eurent à souffrir de privations et durent subir toutes sortes de réquisitions et de brimades. En 1943 et 1944, les hommes étaient tenus d’aller nuit et jour, garder la voie ferrée. Mais le 6 juin 1944, la nouvelle du débarquement des alliés en Normandie ramena aussitôt l’espoir d’une prochaine libération. Enfin, le 31 août, vers 10 heures, les chars anglais faisaient triomphalement et sans résistance, leur entrée dans Moreuil.
De partout, des drapeaux précieusement camouflés, sortaient des cachettes pour pavoiser les habitations.
Malheureusement, durant cette guerre, 18 officiers, sous-officiers et soldats de la cité tombèrent glorieusement. Norbert Malterre, Maurice Garin et Camille Bizet, tous ardents patriotes, payèrent de leur vie leur héroïque résistance.

Les armes de Moreuil : Un lion parmi les lys

Les armes de la ville sont celles des Sires de Moreuil. Elles sont illustrées par le haut d’un Lion d’argent stylisé sur un fond bleu azur semé de fleurs de lys d’or.
En voici l’origine : Un seigneur de Moreuil (probablement Bernard II de Moreuil, seigneur de Brienne, maréchal de France en 1137) rendit de grands services au roi Louis VII, dit " Le Jeune ". Dans la croisade de 1147 il lui sauva la vie et ne demanda pour récompense au monarque reconnaissant, qu’une fleur de lys dans son écu. Le roi, selon son expression, lui en concéda " par millions ". Des hérauts d’armes vinrent à bout de cette difficulté héraldique par le secours d’un de ces rébus tout à fait à la mode en Picardie : Les fleurs de lys placées " par-mi-lion " représentent un lion naissant.