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L’Eglise de Moreuil

L’histoire de l’église est intimement liée à celle de l’abbaye de Saint-Vast de Moreuil. Vers l’an 1100, les seigneurs de Moreuil donnèrent un domaine à défricher à des moines bénédictins de l’abbaye de Breteuil. Faute de prospérité matérielle, il n’y eut pas d’église abbatiale construite, et jusqu’en 1394 il n’y eut qu’une simple chapelle.

C’est dans la seconde moitié du 16ème siècle, époque où la famille de Créquy possédait Moreuil, que les auteurs s’accordent à fixer la date de construction de l’église dont le portail et le clocher furent complètement détruits en 1918. L’édification de l’église fut, sans doute, due à la munificence du cardinal de Créquy, abbé de Moreuil. Le portail était de style de transition, composé de deux porches en ogive assez profonds avec six voussures. C’était au surplus, le plus joli morceau d’architecture, classé, que possédait la ville.

En 1574, eut lieu l’inhumation du corps du cardinal Antoine de Créquy dans le chœur de l’église. Celui-ci par testament laissa des fonds pour l’installation de 4 nouvelles cloches.
L’église fut brûlée en 1636 par les espagnols et partiellement détruite. Vers 1670, la restauration du chœur confiée aux religieux n’était pas encore achevée. En 1768, l’église fut l’objet de nouvelles restaurations et la première pierre fut posée par Catherine de Rougé, duchesse d’Elboeuf.

En 1791, l’abbaye fut supprimée et le chœur et la nef furent réunis jusqu’en 1863. À cette date, M. le Doyen Voclin entrepris de grands travaux pour construire la nef latérale droite, surélever l’église et faire une voûte solide et des piliers en pierre. On peut lire sur le premier pilier à gauche le nom des sculpteurs : " 3 Mallot & Bandin ".
En 1870, l’autel principal fut donné par les enfants de Monsieur Charles Deflandre, Barguillier. En 1874 eut lieu la consécration de l’église restaurée par Monseigneur Bataille.

Son intérieur, fut transformé en 1868. Pour donner plus d’harmonie à l’édifice, sur la droite, une troisième allée fut ajoutée. Seules, certaines parties anciennes du chœur et des chapelles latérales avaient été conservées.

De la destruction à la reconstruction

L’édifice fut gravement endommagé en 1918. Lorsque, en 1919, les architectes Duval et Gonse vinrent pour la première fois à Moreuil, ils ne trouvèrent de l’église que des ruines.
Le clocher, des XII ème et XIII ème siècle était écrasé, et, seul, un amoncellement de décombres indiquait son emplacement. La façade était dévastée, les voûtes des nefs crevées ; la charpente arrachée pendait lamentablement. Le sol dénivelé par les obus, était jonché de gravois. Et même il n’était pas sans danger de s’aventurer dans ces vestiges, des pierres, des ardoises et des chevrons continuant à se détacher sous l’action du vent.

En 1923, la municipalité dirigée par Raymond Cartier demandait à ces deux architectes de réédifier son église.

Le chœur et les nefs, déjà restaurés et reconstruits vers 1860 dans le style gothique de l’époque, étaient réparables. La façade et le clocher, par contre, étaient à jamais détruits.
Quelques pierres sculptées pieusement conservées, pouvaient seules être mises à l’abri. Comment reconstruire cette partie de l’édifice, et dans quel style ? tel était le problème qui se posait.

Chaque époque ayant son architecture, ses matériaux, sa main-d’œuvre, il était difficile et sans intérêt de vouloir refaire la façade dans le style que présentaient les parties de l’église sauvées du désastre. Il est d’ailleurs rare qu’un édifice de cette importance ait été exécuté d’un seul jet, la plupart portent la trace de différentes époques. Les architectes prirent, sans hésitation, le parti d’une architecture moderne. L’opinion publique fut difficile à convaincre, mais elle finit par se rallier aux suggestions des hommes de l’art. Ceux-ci firent donc pour la façade, de l’architecture de leur époque. Ils utilisèrent le béton armé avec emploi de la brique en remplissage, la brique étant matériau du pays. Ils voulurent observer la tradition française en exécutant des rappels d’architecture religieuse par des contreforts, flèches, escaliers extérieurs et aussi la tradition locale en conservant au clocher son emplacement primitif. Le seul changement qu’ils apportèrent dans le plan, fut de reculer d’une travée la façade pour faciliter la circulation extérieure, l’église étant suffisamment grande encore pour les besoins de la population.

Ce fut le 6 février 1929, que les travaux de démolition commencèrent. La première pelletée de béton du clocher fut coulée au mois de juillet suivant et le 14 mai 1931, jour de l’Ascension, l’église était bénite.

Les multiples ossements que les constructeurs ont trouvé dans l’église, au cours des travaux, ont été recueillis avec respect dans un vaste cercueil en béton armé. L’emplacement de ce sarcophage eût été tout indiqué dans la chapelle des morts comme à l’église Saint Pierre de Roye, mais sous le Maître-Autel se trouvait une crypte faite au XV ème siècle pour le tombeau du Cardinal de Créquy, c’est là que les architectes préférèrent déposer les restes des chrétiens ensevelis au cours des ans dans l’église.

Zoom sur

- Le clocher

De forme carrée à la base et octogonal à son sommet, le clocher mesure 62 mètres de hauteur à la croix et 23 mètres jusqu’à la première plate-forme. Au-dessus de celle-ci, se trouve une chambre contenant les 4 grosses cloches et, plus haut encore, une plus petite réservée au carillon. Les abat-sons en béton armé sont constitués de motifs nids-d’abeilles. Cette tour est flanquée d’une tourelle ajourée qui contient un escalier en escargot desservant les étages intérieurs et les terrasses extérieures et se prolongeant jusqu’à la chambre des cloches.

- Le porche d’entrée

Au centre même de la composition, il est surmonté d’une frise en béton armé dans laquelle le sculpteur Couvègnes, Grand prix de Rome, a moulé et taillé, autour d’un Dieu glorieux, Saint pierre, Saint Paul, Saint Georges, Saint Christophe tenant l’enfant Jésus, Saint Nicolas et ses petits enfants, Sainte Jeanne d’Arc, Sainte Catherine.
Plus haut se trouve une grande verrière qui éclaire la nef au-dessus de la tribune. A la partie supérieure de la façade, 3 motifs de sculpture en béton armé, du même artiste, rappellent au centre, le Saint auquel l’église est vouée, le fondateur de l’Abbaye Saint Vaast avec son ours légendaire ; à ses côtés des anges thuriféraires sonnent la glorification.

- Les fonds baptismaux

Ils se trouvent sur le côté gauche de l’entrée, en contre-bas de quelques marches, rappelant ainsi la piscine où les catéchumènes furent baptisés.
Grâce à la coloration de ses vitraux, cette enceinte est baignée d’une lumière orangée, symbole de la naissance et de la joie.

- La chapelle aux morts

Située au côté opposé, elle reçoit par ses claustras un jour bleuté qui, par contraste, sans donner de tristesse, répand l’atmosphère de recueillement et de méditation qu’impose la mort.

- La tourelle en dentelle

Construite en béton armé, renfermant l’escalier menant à la tribune, elle est située dans un angle de cette chapelle. Par son détail et son échelle elle contribue à une note pittoresque et rappelle les escaliers intérieurs de l’église Saint Maclou à Rouen.

- La tribune

Entre le clocher et la chapelle des morts se trouve la vaste tribune largement éclairée par le grand vitrail de la façade. A l’intérieur, ce dernier donne une richesse somptueuse au fond de l’église. Cette belle œuvre a été exécutée par Messieurs Herbert Stevens et Rinuy, peintres verriers à Paris.

- Le grand vitrail

Si à l’extérieur, l’ossature en béton armé de ce vitrail compte par ses nervures au détriment des vitraux, par contre, à l’intérieur le vitrail seul, par sa coloration et les détails de mise en plomb, donne une richesse somptueuse au fond de l’église.
Cette belle oeuvre a été exécutée par Messieurs Hebert, Stephens et Rinuy, peintres-verriers à Paris.