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La Glacière

La Glacière de Moreuil se situe au Parc des Sports de la ville. Son entrée est placée derrière les ruines de la tour, dernier vestige du château de la cité.

Située au parc des sports de la ville, la glacière de Moreuil est le dernier vestige du château. Elle est assez bien conservée et indique sans nul doute que sa conception s’inscrit dans l’histoire d’une ville résolument moderne, prospère et généreuse.
Aux siècles passés, chaque château, chaque domaine avait sa propre glacière. Dans les villes, on construisait de grandes glacières collectives. La glace servait à rafraîchir, à conserver et à soigner. Elle permettait également d’assouvir un plaisir très vogue au 17ème siècle, la consommation de sorbet !

Les qualités d’une bonne glacière

Une bonne glacière doit, c’est évident, conserver la glace entreposée le plus longtemps possible. Entre son chargement en hiver et l’utilisation de la glace (à partir de la fin du printemps et tout l’été), la perte du volume initial ne doit pas être supérieure à 50%. Des glacières permettaient d’ailleurs des pertes très inférieures à 10%, si bien qu’en cas d’hiver doux, il était possible d’avoir de la glace pendant 2 ou 3 ans sans rechargement.
La forme de stockage de la glace est importante car il a été étudié que plus le volume ou la masse de glace est grand, meilleure est la conservation. En effet, on a observé que lors du réchauffement de la glace par une température extérieure, l’apport de chaleur est directement proportionnel à la surface de cette masse donc de son enveloppe. En un mot, plus l’enveloppe est importante, plus la déperdition est faible. Dans une bonne glacière, le volume de glace doit être le plus ramassé possible, c’est pourquoi la construction se voudra cylindrique avec une hauteur voisine de celle du diamètre. En général et dans le plus grand nombre de glacières existantes, on situe le diamètre à 4 mètres et on préconise un volume de 500 kg de glace par mètre cube pour optimiser le froid et la conservation de la glace. Bien entendu, d’autres facteurs entrent en ligne de compte : l’isolation et l’humidité. Des matériaux comme la paille, le bois sont utilisés mais auront une conservation aléatoire dans le temps. Moins efficaces thermiquement mais plus résistantes, les briques et les pierres sont très employées.

L’humidité joue un grand rôle dans la conservation. En effet, la présence d’eau diminue beaucoup l’isolation d’où l’intérêt d’une implantation dans un endroit sec et bien drainé. Par ailleurs, la masse de glace subit continuellement une fonte qui engendre une quantité d’eau qui, si elle n’est pas évacuée, va entraîner une plus grande fonte des glaces. Il faut donc drainer avec cette eau. Le fond des glacières est étudié dans ce but. De même, il est important d’abriter la glacière du soleil d’où l’implantation sous de grands arbres ou la présence d’une végétation dense recouvrant la butte.

Remplissage de la glacière

Selon la situation géographique, la capacité et les conditions climatiques, le mode de remplissage diffère. Pour de nombreuses glacières, la glace était importée de Belgique, des régions montagneuses et même des pays nordiques. Cela augmentait considérablement le coût de production et par la même occasion, le coût d’achat. A l’époque du fonctionnement des glacières, les hivers en Picardie étaient rigoureux. La glace produite par les gelées était d’assez bonne qualité et suffisante pour permettre un ravitaillement direct.

Mode de ravitaillement en glace

Près du monument, passe la Luce. Les eaux de fusion de la glacière retournaient certainement dans la rivière lors de la fonte. En hiver, un champ attenant était volontairement inondé grâce au système d’écluse. L’ouverture des vannes laissait entrer l’eau sur toute la superficie et sur environ 9 à 12 centimètres d’épaisseur. Une fois le champ gelé, des ouvriers équipés, venaient découper des blocs de glace nécessaires au fonctionnement de la glacière et la remplissaient. Cette opération était souvent faite la nuit pour éviter une trop grande perte. Malheureusement, il ne reste aucune traces de ce mode d’opération dans notre ville. La première guerre mondiale qui a particulièrement touché Moreuil a détruit totalement l’écluse. Le conflit est également l’une des causes directes du déclin des glacières. La production de glace demandait une main d’œuvre importante. Les hommes partis au front ne pouvaient plus assurer le ravitaillement puis la technologie a fait le reste…

Les types de glacières

On peut classer les glacières en deux catégories :
- Les glacières en bois. Elles étaient réalisées avec de la paille de seigle liée à l’aide de piquets à crochets ou en coudrier. L’écoulement de l’eau de fonte se faisait par un sol en simples cailloux. Ce type de glacière a depuis disparu.

- Les glacières maçonnées sont les mieux conservées et les plus courantes. On en trouve à partir du Moyen Age. Le 17ème siècle marquant l’essor de leur construction, on peut penser que la plupart datent de cette époque.

Zoom sur

Une glacière comporte les éléments de base suivants :

  • Une cavité de stockage de la glace appelée " cuve "
  • Un ou plusieurs accès à cette cuve pour le chargement et le déchargement
  • Un dispositif d’évacuation de l’eau de fonte de la glace
  • Une enveloppe thermique

La cuve ou coupole

La cuve reçoit la glace. Généralement, son enfouissement est de 2/3 à 3/4. Elle peut être totalement au-dessus du niveau du sol ou au contraire, en dessous. Elle peut être simple ou à double paroi, dans ce cas, le vide entre les deux parois permet une isolation optimum. Les cuves cylindriques sont courantes. Souvent, elles sont même tronconiques avec une conicité assez faible. Cette forme semble donner une meilleure résistance. Certains pensent que la quantité de glace située vers le haut est plus exposée au changement de température. La hauteur de la cuve de Moreuil est évaluée à 8 mètres.

Le fond de cuve ou puisard

Il est très important car il permet l’évacuation de l’eau de fusion. Le fond doit être perméable, comme le sable, ou constitué de petits blocs de pierres calcaires ou maçonnées. Les eaux collectées sont dirigées vers un puit central ou vers une rigole sphérique. La canalisation finale aboutit dans une rivière, dans un étang ou à l’air libre. Sa longueur varie entre 8 et 16 mètres. Le puisard de la glacière de Moreuil est évalué à 3 mètres.

L’accès

Dans beaucoup de glacières, il n’existe qu’un seul accès à la cuve. En effet, pour une bonne conservation, il est nécessaire de réduire le plus possible les risques d’entrée d’air extérieur. Malgré tout, l’accès est une cause importante d’introduction de chaleur. Les plus grandes glacières possédaient parfois plusieurs accès. L’un servait au chargement, l’autre au déchargement et un autre encore à la ventilation ou à l’éclairage. Dans les glacières à cuves circulaires, les accès principaux débouchent juste à la partie supérieure de la cavité, dans le dôme de couverture. Les ouvertures principales sont très souvent précédées d’un couloir. Leurs formes et dimensions jouent un rôle important dans la conservation de la glace. Aussi, leur construction a donné lieu à beaucoup de soins et d’astuces. Ses sas sont parfois entrecoupés de portes (jusqu’à trois) pour optimiser l’imperméabilité de la chambre froide. Le hall possède un accès de 2,20 mètres de large sur 2,40 mètres de long en ce qui concerne la glacière de Moreuil.

Le couloir

Dans 80% des cas, il est orienté vers le Nord pour limiter la pénétration du soleil et donc de la chaleur. La plupart des couloirs sont maçonnés en briques ou en pierres locales. Le couloir de la glacière de Moreuil est long de 5,50 mètres pour une largeur de 1,30 mètres.

Glacière butte

C’est le type le plus courant, surtout au Nord du pays. La maçonnerie est entièrement recouverte de terre formant un monticule plus ou moins élevée. Seule apparaît l’extrémité extérieure (le couloir). La butte est recouverte de végétation, d’arbres et d’arbustes. Parfois, elle peut être surmontée d’un château d’eau ou d’un kiosque. Une rocaille peut la recouvrir partiellement et lui donner un aspect de grotte.