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Le Château de Moreuil

Découvrez quelques images du château de Moreuil au fil du temps

Le Château sous les assauts

Près de la route qui conduit Amiens à Montdidier, s’élève, à Moreuil, un château accompagné d’un vaste parc. Ce domaine féodal a été maintenu plus de sept cents ans dans la même lignée. Ainsi, Moreuil peut s’enorgueillir d’avoir possédé l’une des plus illustres familles de l’Histoire.

Le château remonterait à une époque très lointaine puisqu’il en est parlé pour la première fois, en l’an 800 comme d’un lieu " fort et magnifique ". Suivant divers auteurs, le premier était situé près de l’église et du prieuré. Il dut subir maints assauts. Au surplus, Moreuil devait être entouré de murailles puisqu’il est fait mention, dans d’anciens dénombrements, de la porte Maître-Simon, dite auparavant Bournel, de celles aux larrons, du Vieux Marché, de l’Eau-de-Navier, etc…

En Février 861, les Normands de l’Escaut marquèrent leurs ravages habituels en remontant la Somme, et l’Avre. Ils dévastèrent Amiens, Boves, Moreuil, brûlant les églises, massacrant les hommes et les femmes, et forçant la population à se cacher dans les bois ou dans des refuges souterrains. Les Normands revinrent encore quelques années plus tard et ravagèrent les environs sans parvenir à entamer les murailles du château. Moreuil fut ravagé de nouveau vers 940 par Arnauld, comte de Flandres, qui défendait la cause de Louis IV d’Outremer. En 1358, le château fut détruit par les Jacques avec accompagnement d’horreurs. En 1424, le château reconstruit, fut brûlé par le Dauphin qui en chassa les Bourguignons. Le 20 juin 1434, la garnison dauphinoise fut assiégée par les Anglo-Bourguignons et réduite à se rendre. Le 8 août 1636, les Espagnols brûlèrent la ville et l’église, martyrisèrent les curés, attaquèrent ensuite le château qui fut obligé de se rendre faute de munitions.

Durant 178 ans, de 1712 à 1890, le château resta entre les mains de la famille Rougé. En mourant, la marquise de Plessis-Bellière, qui avait hérité de son mari le domaine de Moreuil, institua le Pape Léon XIII, son légataire universel et pour le cas où il ne pourrait recueillir sa succession, le cardinal, son cousin, le comte de Colbert-Turgis. Ses dispositions testamentaires furent attaquées par une partie de ses héritiers naturels qui durent être déboutés en première instance mais obtinrent gain de cause en appel. Ainsi, depuis le 11ème siècle, limite extrême où l’on peut faire remonter son histoire jusqu’au début du 18ème siècle, cette terre avait toujours été transmise, par voie d’héritage, en ligne directe, aux héritiers du sang.

Les vestiges du château, témoignage du passé

Celui qui existait avant 1918 et qui fut, à cette époque, brûlé et anéanti par les bombardements, avait été édifié sous le règne de Louis XVIII (1814-1820). Sur ses ruines, fut érigé un pavillon qui eut à subir de graves dégâts au cours de la guerre de 1939-1945.
D’importants vestiges du château subsistent encore. D’après leur architecture, les quatre bastilles en briques, placées diagonalement en regard les unes des autres, comme des forts détachés, destinées à défendre le corps de la place et dont l’épaisseur des murs variait de 4 à 6 mètres, remonteraient au 16ème siècle. Une communication souterraine, en croix de St André, allait de l’une à l’autre. Par crainte d’accident, elle a malheureusement été bouchée. Celle placée à l’ouest fut transformée en chapelle de style du 12ème siècle. Ces tours furent, en grande partie, démantelées par les obus au cours de la guerre 1914-1918. Les murailles étaient percées de meurtrières élargies aux artilleurs, tout comme pour le château de Pierrefonds. D’antiques pièces d’artillerie garnissaient les boulevards du château de Moreuil qui, d’après l’assertion de Scellier dans les manuscrits de Montdidier, restaient toujours en état de défense. En 1791, les autorités d’Amiens firent enlever une partie de ces vieux engins de guerre hors d’usage, et les placèrent dans la cour de l’hôtel de ville du chef-lieu du département, comme des trophées conquis sur la féodalité.

Une couleuvrine en fonte, d’environ trois mètres et soixante centimètres de longueur, porte une inscription mutilée sans doute par les révolutions. On y distingue difficilement ces mots :
" Je suis le prince de Pois ". Il était naturel que cette pièce du château de Poix vînt à celui de Moreuil, puisqu’ils appartinrent longtemps aux mêmes maîtres. On voit encore à Moreuil six petites couleuvrines en fonte renflées à leur origine avec cette inscription : " Les VII frères de Moreuil ". On compte environ quinze pièces en fonte dont quelques-unes sont garnies d’anneaux multipliés.